Vincent nous emmène avec lui tout au long de son ultra trail en vous partageant ses ressentis sur les grandes étapes de la course.

Parcours du 100km de la CCC

CCC Chamonix - Août 2018 - 100km

Dénivelé : 6100m D+

Chrono : 23h42

Le récit de Vincent Lacante - CCC 2018

Un peu moins d’une heure avant le départ, je prends place dans mon sas de départ.

Je m’assieds sur le bitume, calme et détendu, au milieu des autres coureurs afin de m’économiser. Je suis dans ma bulle, j’écoute les conversations, je prépare ma playlist sur mon iPhone, une succession de musiques variées mais rythmées que j’enclenche dans les coups durs en montée ou pour me donner du rythme sur le plat et dans les descentes.

Il est bientôt 9h, Courmayeur est à l’ombre de la montagne mais la fraîcheur est supportable. Dans les haut-parleurs, la voix du speaker laisse la place aux sons tonitruants des hymnes nationaux des trois pays que nous traverserons, l’Italie, la Suisse et la France. Pour beaucoup, c’est un moment de recueillement, pour d’autres l’anxiété ou la nervosité est à son niveau le plus haut.

La musique s’arrête, la voix de Catherine Poletti, organisatrice de la course, prend le relais pour nous donner les dernières consignes de sécurité. Je retiens qu’il va faire froid cette nuit et que la température ressentie sera proche de 0°C. C’est dire que les quelques rayons du soleil qui illuminent les crêtes des montagnes aux alentours ne résisteront pas aux nuages déjà très nombreux dans le ciel.

Sur le plan matériel, l’organisation ne nous a pas imposé de prendre le kit hivernal dans lequel se trouve notamment une couche de vêtement chaud supplémentaire. Mais j’ai tout de même pris soin de demander à mon assistance, rôle dévolu à mon épouse Christelle et mon fils Adrian, d’emporter la doudoune compressible. C’est toujours ça de moins à porter et si la nécessité l’exigeait, je pourrais la récupérer à Champex ce soir lorsque j’arriverai sur la première zone de ravitaillement où l’assistance est autorisée.

Il est bientôt 9h30 et le contingent de coureurs du troisième sas, dans lequel je suis, avance vers la ligne de départ. Catherine Poletti nous encourage à étreindre nos voisins avant le départ de cette grande aventure qui est aussi un grand moment de partage. Nous voilà donc rassemblé bras dessus, bras dessous avec le même objectif : vivre une belle aventure, profiter du paysage et finir la course.

Enfin, le moment tant attendu est arrivé !

Ce pour quoi nous avons passé tant de temps à nous préparer, nous entraîner, sacrifié du temps, commence ici.

Progressivement, le son monte à la sortie des haut-parleurs, la musique de Vangelis « Conquest of Paradise » inonde nos oreilles.

L’impatience de chacun est perceptible, les rythmes cardiaques s’accélèrent, ça piétine à tout va.

La voix du speaker lance le compte à rebours : Dieci, novo, otto, sette, sei, cinque, quatro, tre, due, uno… C’est parti pour plus de 20 heures de course, ou moins, tout dépendra de ce qui arrivera sur les 100 km d’asphalte, de terre, de poussière, de cailloux, de pierres et rochers, de trous, la nuit succédant au jour, les 6100m de dénivelé. Je cherche du regard Christelle et Adrian qui se trouvent dans le premier virage mais il y a trop de monde pour que je parvienne à les repérer. Ils sont peut-être au virage suivant mais je ne les trouve pas non plus. Tant pis, on se reverra ce soir à la Fouly. Il est temps à présent de me concentrer sur la course… Sur ma course. Comme le disait Stéphane, tu es le champion du Monde : de ton Monde.

Première étape : Le Refuge de Bertone en passant par la Tête de la Tronche, une étape de 15 km avec 1 488 m d’ascension. Aujourd’hui, mon avantage réside dans la météo. Malgré les éclaircies, le soleil n’est pas en mesure de faire monter le mercure jusqu’à une température estivale. En effet, depuis quelques jours, le Massif du Mont-Blanc a déjà basculé vers l’automne. Cela va faciliter ma progression sans risquer la déshydratation ou le coup de chaleur comme en 2016.

Comme sur n’importe quelle course, je ne perds pas de vue qu’il ne faut surtout pas s’enflammer au moment du départ et c’est encore plus vrai ici. Franchir correctement les barrières horaires dans la seconde moitié de la course nécessite d’être sage sur cette première ascension, il faut être économe. Sur les quinze premiers kilomètres, nous progressons en colonne sur d’étroits chemins, les coureurs se suivent les uns derrière les autres sur plusieurs centaines de mètres. Je double un concurrent que si le terrain me le permet et si sa vitesse est nettement inférieure à la mienne. Pour passer le temps, je choisis une jeune asiatique SAKI Kutsuma que je ne dois pas perdre de vue, elle semble légèrement plus rapide que moi et j’essaie de rester dans son sillage pour conserver un certain rythme. Ce petit jeu ne durera pas plus d'une heure, à chaque édition de la course, se trouve le même goulot d’étranglement dans lequel s’entassent des dizaines de coureurs, c’est là que je vais la perdre définitivement SAKI de vue. C’est un endroit où il règne une joyeuse ambiance, même envers les quelques concurrents qui tentent de doubler tout le monde en contournant notre attroupement. Comme ils se font huer, ils reviennent, gênés, à l’arrière. Tant qu’à perdre du temps à attendre son tour pour traverser le goulet, nombre d’entre nous en profite pour soulager sa vessie à peu de frais sur le chrono. « Pee Time » me lance mon voisin asiatique avec un grand sourire. Je lui réponds « Oui, c’est le bon moment pour ça ! ».

Le temps passe, les kilomètres aussi. À mesure que nous prenons de l’altitude, le paysage se dégage, les alpages remplacent les forêts. À l’oreille, on ne perçoit que deux choses, le souffle du vent et celui du coureur tout juste derrière ainsi que les cliquetis des pointes des bâtons de marche qui accrochent le sol. Tout ce petit monde au milieu duquel je me trouve marche d’un bon train. Rares sont les instants où notre colonne s’arrête. Quand cela arrive, c'est parce que plus haut dans celle-ci, un concurrent nous alerte sur une chute de pierre. Là, tout le monde se fige et suit des yeux ladite pierre descendre en roulant et bondissant, se brisant en morceaux plus petits. Autant de projectiles qui, heureusement, ne nous atteindront pas.

Depuis La Tête de la Tronche, la descente jusque Bertone est agréable, il y a maintenant de l’espace pour permettre aux coureurs de se déployer. La longue chenille processionnaire qui serpentait de Courmayeur jusqu’à la Tête de la Tronche n’est plus. Je m’attarde un peu pour observer le paysage alentour car c’est un de ces endroits que j’affectionne particulièrement. On s’y sent totalement coupé du reste de la civilisation, comme si nous étions dans un autre monde, entièrement livré à nous-même. Puis mon instinct de compétiteur reprend le dessus.

En 2016, sur cette portion, j’ai cherché à gagner du temps sur la barrière horaire. Mais après 1500m d’ascension et un manque de préparation au dénivelé, je me suis abîmé. Cette fois, je suis prévenu. Je me remets donc à courir en veillant à conserver une allure des plus calme pour ne pas brutaliser les jambes et encore moins les cuisses après un effort prolongé pour atteindre le premier sommet. Je prends quelques photos, les seules que je prendrais sur mon parcours. Là aussi c’est un grand changement dans mon comportement en course… Cette fois, j’ai pris la décision de ne pas perdre de temps à prendre des photos à tout va, une décision prise la veille au moment de préparer mon sac et d’en retirer, non sans hésitation, la caméra de sport d’une petite poche. A la place, je vais y glisser une petite flasque souple remplie d’eau que j’ai baptisée ma « réserve de secours ». Généralement, je ne bois pas beaucoup sur un ultra trail. C’est une grosse erreur, je le sais, mais je crains tellement de tomber à cours de liquide avant chaque ravitaillement que j’économise au point de provoquer ma déshydratation et par temps chaud, de l’amplifier au point de me trouver dans des situations proches du malaise. Cette fois, je pense m’être guéri de ce « TOC ». Sur l’intégralité du parcours, je me suis mis à boire régulièrement deux ou trois gorgées pleines sans me forcer et sans pour autant me retrouver avec la réserve d’eau complètement vide avant d’arriver sur un point de ravitaillement et je n’ai jamais eu besoin de ma « réserve de secours ». Après tout, comme le disait Stéphane Brogniart, il y a suffisamment de sources naturelles auprès desquelles s’approvisionner pour ne pas avoir peur d’en manquer.

Les quelques centaines de mètres qui me séparent du refuge Giorgio Bertone m’ont fait penser à ce que pourrait être un trail dans le désert. Nos pieds aidés par le vent soulèvent une poussière grise qui nous recouvre et que nous respirons ! Le sentier que nous empruntons arrive sur le refuge par une dernière pente assez prononcée mais cette année j’ai de bonnes chaussures, l’accroche est bonne et aidé de mes bâtons, je ne risque pas de glisser. Nous avons descendu près de 600 m depuis La Tête de la Tronche pour atteindre les bâtiments en pierres du refuge situé à 2 000 m d’altitude et construits en 1982, en mémoire de l’alpiniste Giorgio Bertone, mort dans un accident d’avion au Mont-Blanc du Tacul en 1977. Comme en 2016, ce ravitaillement est assez brouillon, il y a tellement de monde qui marche dans tous les sens qu’il n’est pas commode de trouver un endroit où se poser. Je me désaltère, je mange un peu de salé et un peu de sucré que je trouve sur les tables de ravitaillement et je quitte au plus vite cet endroit où règne une agitation qui contraste trop avec ma « zenitude ». Le prochain segment du tracé est assez roulant et doit m’emmener jusqu’à Arnouvaz, où la barrière horaire est fixée à 16 h 45. Avant d’y parvenir, on traverse un nouveau checkpoint au refuge Walter Bonatti qui outre le fait qu’il représente une nouvelle occasion de faire l’appoint en liquide, permet aussi d’observer un panorama exceptionnel qui embrasse toute la chaîne depuis le col Ferret au col de la Seigne. Il est à peine plus de 14 heures et mon état physique est encore très bon, je ne me sens pas fatigué, je n’ai même pas l’impression d’avoir couru presque 5 heures et d’avoir déjà gravi 1 767 m. Seul bémol, j’ai une petite douleur au genou droit qui occupe continuellement mon esprit. Et si c’était le début d’un problème qui va s’amplifier et me diriger tout droit vers un abandon ?

Moins d’une heure plus tard… Arnouvaz !

Il est temps. La douleur à la base de la rotule de mon genou droit devient préoccupante. Je me demande si elle n’est pas provoquée par ma genouillère « ZAMST ». Elle est censée m’éviter le syndrome de l’essuie-glace mais d’une certaine façon, il est probable qu’elle cause une autre perturbation dans l’articulation du genou. Je pénètre dans la tente où je me ravitaille rapidement car il est 15 h 07 et je ne pense pas avoir pris beaucoup d’avance en comparaison avec 2016. Au moment de quitter Arnouvaz, la douleur au genou qui s’est fait oublier pendant le ravitaillement me revient comme boomerang. Je soulève la genouillère et découvre juste une belle empreinte violette marquée dans la peau sous l’os du genou. Il n’y a donc rien de grave mais la genouillère va quitter mon genou pour rejoindre le fond de mon sac. Je reprends la course à petites foulées et sans plus aucune douleur. Me voilà rassuré.

À présent, en route pour le Grand Col Ferret !

C’est le deuxième gros bloc du parcours avec près de 800 mètres de dénivelé. Et comme pour souligner cette nouvelle difficulté, la météo ne s’est pas trompée, le temps change radicalement. A mesure que nous prenons de l’altitude et que les nuages nous enveloppent, les uns après les autres, nous nous arrêtons pour fouiller dans notre sac à la recherche de la veste qui va nous protéger du vent et de la pluie. Ceux qui ne le font pas dès maintenant, le regretteront et devront le faire plus haut sans aucun abri pour se protéger du vent, les mains gelées et mouillées par un crachin qui tombe par intermittence. Pour atteindre ce fameux « Col Ferret », il faut gravir en marchant une forte pente sur un sentier en lacets. Tel un métronome, un pas après l’autre, un virage après l’autre, me répétant sans cesse les mêmes phrases déjà répétées inlassablement pendant mes périodes de préparation mentale : « Je suis prêt physiquement, je suis entraîné pour ça, mon matériel est au top, je vais rejoindre la ligne d’arrivée, montrer ce que je suis réellement, démontrer que je suis capable ». Ainsi, « le couteau entre les dents » faisant abstraction de la météo, imperturbable, à peine conscient des quelques concurrents qui s’arrêtent pour sortir leur fichue veste dont ils avaient cru pouvoir se passer, je me rapproche du sommet. Le souffle du vent est glacial, mes doigts mouillés qui dépassent des mitaines rougissent.

À 2 537 m, au sommet du Grand col Ferret. Un autre monde !

Ici pas un bruit, seulement celui du vent et le son des voix de ceux qui scannent notre dossard en distribuant quelques mots d’encouragements. Le brouillard laisse apercevoir à quelques mètres de là des petites tentes, dômes rouge et blanc pour abriter d’éventuels coureurs en attente de secours. Mes doigts gelés qui ont viré du rouge au bleu agrippent mon iPhone dans la bretelle de mon sac pour immortaliser cette image d’un endroit hors du temps et loin de tout mais celui-ci refuse obstinément de s’allumer, il fait trop froid et il s’est mis en sécurité pour protéger la batterie. Tant pis pour la photo ! Il ne faut plus s’attarder et entamer la longue descente vers la Fouly : 10 km sur des petits sentiers avec des conditions radicalement automnales : pluie fine, basse température, terrain gras et favorable à de belles glissades si on est trop entreprenant dans le rythme de descente. D’ailleurs, bien après la Peule, je me rappelle d’un passage où nous cherchions tous à descendre une pente assez prononcée en nous écartant suffisamment du tracé officiel pour trouver une herbe qui n’avait pas encore été couchée par le piétinement d’un millier de coureurs. Ceci dans le seul but de finir la descente sur nos deux pieds sans salir nos fesses. Que voulez-vous, on est là pour faire du trail pas du cross-country.

Je descends, je descends… Mon rythme est régulier. À moins de 2 000 m d’altitude, les doigts se réchauffent enfin. Ma progression jusqu’à La Fouly s’est parfaitement déroulée, je n’ai jamais éprouvé le besoin de m’arrêter pour soulager mes jambes. Mon téléphone étant HS pour le moment, je ne peux pas encore donner de nouvelles à Christelle et Adrian. La dernière fois que j’étais en contact avec eux c’était entre Arnouvaz et le début de l’ascension jusqu’au Grand Col Ferret, ils m’avaient alors informé qu’ils étaient en route pour rejoindre la zone de ravitaillement de La Fouly. Même si à cet endroit, l’assistance n’est pas autorisée, le simple fait de les croiser m’a fait très plaisir. Parce que même si l’on n’est jamais vraiment seul sur le parcours, la plupart des coureurs, comme moi, avancent en permanence comme enfermés dans leur bulle avec pour seules compagnes, leurs pensées, leurs rêves, leurs réflexions, la concentration sur leurs pas, sur l’effort à fournir et sur les routines mentales pour ne pas se laisser emporter par les pensées négatives. Alors, après 9 heures de cet isolement, ça fait du bien de croiser des regards familiers, des regards souriants, ravis de vous voir arriver. Il n’y a pas vraiment besoin de se parler, je souris parce que ça me fait du bien de les voir et ils sourient de constater que je vais plutôt bien. À vrai dire, je suis même euphorique à cet instant. Je leur explique que j’ai ici 1 h 20 d’avance sur mon parcours de 2016. Sous le chapiteau où est installé le ravitaillement, j’essaie de faire très vite car ma petite famille n’est pas autorisée à m’accompagner et je les vois attendre près de la sortie sous la pluie. Dès ma sortie, ils me rejoignent et je reprends avec eux en marchant ou plutôt en boitillant. Je n’ai observé que 20 minutes d’arrêt et pourtant mes muscles ont eu le temps de se refroidir et à la remise en route une douleur aiguë traverse mon adducteur droit à chaque pas que je fais. On s’échange encore quelques mots, notamment sur l’heure estimée de mon arrivée sur le prochain ravitaillement à Champex où Christelle pourra intervenir directement pour m’apporter quelques soins, m’aider à me nourrir et m’habiller pour la nuit. J’évalue qu’il me serait possible de rejoindre ce prochain ravito avant qu’il fasse complètement nuit, soit vers 20 h 30.

La descente entamée au sommet du Grand Col Ferret se poursuit jusqu’à un peu au-delà de Praz-le-Fort où au terme de celle-ci, les coureurs ont perdu près de 1 500 m d’altitude. Ici, le trajet s’apparente à celui d’une simple balade sur des chemins carrossables longeant parfois un cours d’eau ou traversant une forêt. Le jour décroît de plus en plus rapidement et sous les arbres, la faible lumière du soir a du mal à nous atteindre. A Praz-le-Fort, je constate que l’ambiance n’est pas aussi joyeuse qu’il y a deux ans, on distingue quelques lumières à travers les fenêtres des chalets mais cette fois, il n’y a personne dans les rues pour nous encourager sur notre passage. Je suis à un moment de ma course où je me suis senti le plus isolé, nous ne sommes qu’une poignée de coureurs largement espacés à trottiner aux milieux des chalets, sous une bruine discontinue. Nous rejoignons Issert puis nous longeons une grande route sur laquelle j’apprécie la facilité d’avancer offerte par le bel asphalte. Il nous faut ensuite bifurquer sur une route plus petite où je m’arrête un instant pour dégoupiller un tube de gel « coup de fouet » avant d’entamer la petite ascension vers Champex. La montée vers Champex n’est pas la plus longue de toutes et n’a rien de compliquée sur le plan technique. Pourtant, comme elle intervient après 50 km de course, certains vont commencer à flancher. Une Américaine qui m’entend arriver, s’écarte et quand j’arrive à sa hauteur, nous échangeons des regards souriants, je lis dans le sien qu’elle est dans un moment difficile et je l’encourage alors avec quelques mots à tenir bon. En 2016, moi aussi, je me suis trouvé en difficulté ici. Dans cette petite ascension j’y avais jeté mes dernières forces, mes derniers grammes d’énergie. Aujourd’hui, il en va tout autrement, sur ce chemin qui monte en lacets, j’enchaîne, virage après virage et je me répète encore « Je suis prêt physiquement, je suis entraîné pour ça, mon matériel est au top, je vais rejoindre la ligne d’arrivée, montrer ce que je suis réellement, démontrer que je suis capable ». Ainsi, je dépasse les endroits où deux ans plus tôt, je m’arrêtais, épuisé, contraint à m’allonger quelques minutes pour récupérer un peu et éviter l’imminence d’un malaise. D’un bon pas, obstiné, je grimpe. L’ascension vers Champex ne représente pas le dénivelé le plus important mais à chaque fois, elle me paraît interminable. La densité de la forêt associée à la demi-obscurité ne nous permet pas de voir très loin. On s’imagine alors qu’au bout de chaque ligne droite, à la sortie du virage suivant, on arrive enfin à Champex, mais je ne perçois même pas les clameurs des familles qui attendent leurs coureurs. On ne doit pas encore y être… Allons ! Encore un effort, c’est tout près, je le sais.

Le ravitaillement de Champex enfin !

Adrian et Christelle qui guettent mon arrivée, sont ravis de me voir souriant, en pleine forme et avec bientôt 2 heures d’avance sur la précédente tentative. Si pareille avance apporte une marge de tranquillité sur la barrière horaire, elle est moins confortable sous les chapiteaux qui sont dressés pour accueillir les coureurs et une personne pour les assister. Le taux d’occupation est alors maximal et une fois la porte franchie, votre principale préoccupation durant les premières secondes consiste à trouver une place face à un coin de table. Ceci fait, vous posez vos petites affaires afin de vous organiser, vous soigner et vous alimenter.

Pendant que je m’installe, Christelle a pour objectif prioritaire d’aller me chercher une soupe, une boisson et me composer une assiette improbable dans la vie quotidienne avec pâtes, gruyères, saucisson, fromage, chocolat, fruits secs… Pendant que je mange doucement et par petit peu, car vous mangez plus par nécessité que par envie, je retire toutes les couches de vêtements pour ne conserver que mon cuissard ceci afin de permettre à Christelle de me prodiguer un massage des épaules qui sont quelque peu endolories après 11 heures de portage du sac. Soudain, alors qu’il y a un instant, je venais de lui faire remarquer que cette année j’arrivai à manger, signe que je vais bien, je suis pris d’un vertige. Christelle qui m’a vu devenir livide, s’inquiète. Mon souffle devient court, ma vue se brouille, je me sens mal. Sachant ce qui peut arriver, je me renverse doucement sur le dos. Allongé sur le banc, j’attends que le sang revienne vers la tête. 

Mais le chrono continue de tourner et alors que le coup de mou est passé, on commence à m’habiller pour la nuit. T-shirt frais et sec par-dessus lequel on enfile un maillot à longues manches, on complète avec un collant que je remonte par-dessus le short. La doudoune ? Non Christelle, ce n’est pas nécessaire pour le moment, je n’ai pas froid. On verra plus tard à Trient où je leur demande de bien vouloir me rejoindre.

En quittant la zone de ravitaillement, je dois marcher un moment afin de permettre aux muscles de monter progressivement en température. Sur le premier kilomètre, mon adducteur droit me fait souffrir et je grelotte de froid. Sans doute à cause du contraste de la température entre l’intérieur de la tente de ravitaillement que je viens de quitter et la fraîcheur de la nuit dans laquelle j’entre avec quelques coureurs d’origines asiatiques. Ils forment un petit groupe devant moi, je ne comprends pas leurs échanges, alors je reste à l’écart me contentant de les suivre pour ne pas avoir à chercher moi-même les balises qui jalonnent le parcours. Il arrive un moment où mon adducteur droit, les muscles de mes jambes, mon corps en entier sont suffisamment remontés en température, il est temps alors de relancer en direction de La Giète. Mon seul objectif est d’arriver le plus tôt possible à Trient afin de bénéficier une dernière fois de l’assistance de Christelle et Adrian pour ensuite les laisser rentrer à l’appartement et y dormir un peu jusqu’à l’heure de mon arrivée à Chamonix.

Sachant que la barrière horaire de Champex est à 23 h 30 et que celle de Trient est à 4 h 00, cela signifie que l’organisation estime devoir nous laisser 4 h 30 pour rallier ces deux check-points. Sachant aussi que j’ai quitté Champex à 21 h 30, je dois donc atteindre Trient au plus tard à 2 heures du matin. Je vais tenter d’y arriver plus vite alors je progresse sur la pente, d’un pas assuré, tel un métronome. L’usage des bâtons m’aide à garantir mon équilibre entre les gros cailloux, les racines et les rochers, ils sont aussi une extension de mes bras pour assister les jambes comme si je me déplaçais à quatre pattes. Régulièrement mes bâtons se rejoignent dans une seule main pour libérer l’autre qui va pouvoir porter à ma bouche le tube de la poche à eau pour me désaltérer ou pour m’agripper à un tronc d’arbre afin de me hisser ou pour m’appuyer aux rochers au milieu de certaines descentes. Plus de 60 km et toujours pas de crampes, pas de fatigues dans les jambes, pas de vertiges non plus. Parfois me reviennent en tête les phrases positives que j’ai répété chaque jour pour tuer dans l’œuf toutes pensées négatives qui assassinent ma volonté dans les moments difficiles : « Je suis prêt physiquement, je suis entraîné pour ça, mon matériel est au top, je vais rejoindre la ligne d’arrivée… ». Quand la végétation le permet, je jette un œil dans la vallée, vers cette grande agglomération tout illuminée en contrebas.

« J’ai déjà monté tout ça ? Est-ce que c’est la ville de Trient que je vois là ? Il va donc falloir descendre tout ça ? Combien reste-t-il à monter au juste ? »

Je lève la tête vers le point lumineux d’une frontale la plus éloignée devant moi.

« Il est haut dit donc ! C’est que ça grimpe encore… »

Je jette un regard derrière moi, une longue ligne de lucioles formée par des centaines de coureurs équipés de leurs frontales se perd jusque très loin en contrebas. Je mesure ainsi une partie du chemin parcouru et sans m’accorder un instant de répit, je poursuis mon chemin, un pas après l’autre, la tête baissée, le regard fixé sur les deux mètres de chemin devant moi, faiblement éclairé par ma propre lampe. Je suis concentré, ma respiration est ample et régulière. J’ai conscience par moments qu’en d’autres temps, j’aurais dû m’arrêter pour récupérer un peu en laissant passer quelques concurrents mais ici, aujourd’hui, c’est moi qui domine, c’est moi qui dépasse des coureurs à la peine, je repousse les limites : mes limites !

La Giète, un ravito dans une étable je crois. Il fait nuit, on est au milieu de nulle part. La lumière comme les sons de quelques voix filtrent à travers les planches de la petite bâtisse. Je suis saisi d’un doute avant d’entrer à l’intérieur. Est-ce bien un ravito ? Oui bien sûr que c’en est un et nous n’y sommes pas très nombreux. Apparemment c’est un endroit où on ne s’attarde pas trop. C’est plus un check-point où l’on scanne notre dossard et, accessoirement, on peut s’y reposer un peu après s’être servi une petite soupe. Même si je n’en ai pas vraiment besoin, je me dis que ça ne peut pas me faire de mal, je rejoins donc une petite dizaine de coureurs alignés sur deux bancs au fond de la pièce. Sales et avec leurs mines fatiguées, ils ressemblent à des désœuvrés et je ne dois pas être très différent. La descente jusque Trient se passe très bien. À tel point que j’en ai gardé aucun souvenir sinon celui d’avoir levé la tête parfois pour admirer la Lune que je trouvais franchement brillante. Brillante à tel point qu’elle éclairait parfaitement les prairies que nous traversons. À vrai dire, elle ne brille sans doute pas plus que d’habitude. Je crois que toutes ses heures passées dans l’obscurité ont permis à nos yeux de s’adapter au point qu’une demi-lune offre une clarté suffisante pour distinguer notre environnement sur un large périmètre.

1 h 09 : j’arrive à Trient après avoir avalé près de 17 km et 1 000 m de D+ en 3 h 39 min Ma petite famille et moi-même sommes assez surpris que cette portion entre deux barrières horaires soit si facilement acquise et que mon état physique reste bon. Avec près de 3 heures d’avance sur la barrière horaire, la dernière intervention de Christelle pour m’assister sur le parcours est très efficace. On prend le temps de bien faire les choses : Je mets mon téléphone à charger, je mange et me fais masser les cuisses et les genoux. L’option d’utiliser la doudoune comme couche de vêtement supplémentaire est définitivement abandonnée. On fait un dernier point sur les produits alimentaires que je dois emporter, on fait le plein dans la poche à eau et c’est reparti. Je reçois quelques mots d’encouragement de ma petite famille et en discutant un peu avec eux, je n’ai pas besoin de me forcer pour me montrer sous mon meilleur jour. Intérieurement, je commence à me laisser convaincre que j’ai toutes les chances d’aller au bout si je continue à bien gérer mon affaire.

1 h 50, je sors du ravitaillement et disparaît dans la nuit avec 2 h 10 d’avance sur la barrière horaire. La prochaine barrière est à 7 h 15 sur le point kilométrique 83 à Vallorcine, j’ai donc 5 h 25 min pour couvrir 11 km et grimper 800 m de dénivelé.

Là encore, je n’ai aucun souvenir de ce qui s’est passé dans l’ascension vers Les Tseppes et la descente qui a suivi. Le cerveau est sur OFF, il n’y a plus que la fonction motrice qui mécaniquement me pousse inlassablement vers l’avant.

Arrivé à Vallorcine, la nuit est déjà bien avancée, presque terminée. La tente à l’intérieur de laquelle est installé le ravitaillement baigne dans une ambiance qui tranche avec l’agitation des étapes précédentes. Il y a nettement moins de monde, moins de coureurs assurément mais aussi moins d’accompagnants pour porter assistance. Calmement, les coureurs vaquent à leurs occupations. Certains s’alimentent près des tables bien achalandées par les bénévoles, d’autres remplissent leur poche à eau sous des fontaines improvisées à l’aide de grands réservoirs en plastique. Quelques-uns discutent avec un membre de leur famille ou un ami quand d’autres vomissent au-dessus d’une poubelle pour déchets organiques (au moins, ils ne se sont pas trompés de containers). Et moi ? Accroupi sur le sol, je remplace les piles de ma lampe frontale pour bénéficier de la meilleure clarté possible pour la dernière partie de la nuit. Se faisant, j’écoute une conversation entre deux coureurs, l’un expliquant à l’autre que les dernières barrières horaires sont assez loin comparées à la distance restante à courir et que par conséquent, la veste finisher est incontestablement à sa portée. Ces mots achèvent de me rassurer pour les dix-huit derniers kilomètres de mon aventure. Même si les huit cents mètres de dénivelé qui me séparent de La Flégère vont être une ascension difficile, même si le sommeille doit me rattraper, j’ai maintenant une avance suffisante pour boucler le parcours dans le temps imparti.

La montée à La Flégère va se faire en trois temps. Elle commence par quelque chose qui ressemble à un faux plat jusqu’au col des Montets au km 86. Puis, le dénivelé se fait plus fort en direction du Béchard pour éviter La Tête au Vent où notre sécurité n’est pas assurée. Sur cette portion, je me retrouve au milieu d’un groupe qui marche à bonne allure et je dois me concentrer sur mes pas pour rester à leur contact. Jusque-là, je n’ai ressenti aucune fatigue et voilà qu’elle me rattrape. Mes yeux piquent un peu et j’ai bien envie de me relâcher. Ma progression se fait moins tonique, le clignement de mes yeux aux moments où je tourne la tête semble provoquer un bref vertige qui me fait tituber juste une fraction de seconde. Plus loin, une nouvelle descente, je me presse un peu mais la lumière du jour est encore faible et il y a comme un léger brouillard dont les particules d’eau qui virevoltent devant le faisceau de ma lampe gêne ma perception de la distance qui sépare chacun de mes pas avec le niveau du sol. L’impact du talon avec le sol se fait alors plus brutal, envoyant parfois une onde de choc désagréable jusque dans la colonne vertébrale. Je jure à voix haute, me sommant de faire plus attention, en vain. Je m’impose alors de ralentir un peu pour éviter le risque de me faire mal si près du but. Puis, une dernière ascension, pendant laquelle je reçois un appel de Bernard avec qui le brin de causette va m’occuper l’esprit quelques minutes et me faire oublier les désagréments subis sur les centaines de mètres précédents. Sacré Bernard ! Alors qu’il a fini de prendre un rapide petit-déjeuner, il s’en va à la pêche le retraité. Et pendant que mon ami termine de préparer son matériel de pêche, je me trouve au milieu de la difficile ascension vers La Flégère. Le temps me paraît incroyablement long

Cette sensation du temps qui s’écoule lentement est amplifiée par l’impression d’isolement dans lequel je me trouve. Nous sommes quelques-uns à progresser dans ce brouillard avec un peu de distance entre nous. Je jette un œil à travers les arbres en direction de la vallée pour tenter de jauger notre niveau d’élévation mais je n’y vois strictement rien. Tout est calme et seuls quelques sons parvenant d’une discussion à l’avant rompent le silence. Parfois, à la faveur d’un virage offrant un peu plus d’espace, un concurrent s’arrête pour reprendre son souffle ou se reposer un peu. L’idée me frôle à peine de les imiter puisque plus le temps et les kilomètres passent, plus je me sens aspiré par la ligne d’arrivée, partagé entre la joie de concrétiser des mois de préparations et le soulagement d’en finir avec l’épreuve que j’inflige à mon corps et mon esprit. En quittant la forêt, notre environnement s’ouvre sur ce qui ressemble à une grande piste recouverte de gros cailloux gris bordée de fragiles étendues d’herbes qu’une inscription sur un petit panneau nous invite à ne pas traverser pour les préserver. La forme rebondit du terrain, nous empêchent d’apercevoir le terminal des remontées mécaniques, point culminant de notre dernière ascension. Un concurrent à l’arrière posera cette question « Quelqu’un sait où se trouve la Flégère ? » d’abord resté sans réponse, l’un de ceux qui se trouvent devant finira par répondre « environs 1 km ! ». Je déteste qu’on pose cette question et je déteste encore plus que quelqu’un y répond. La réponse correspond bien trop souvent à une estimation sous-évaluée et provoque ce sentiment que la distance n’en finit pas de s’étirer.

La Flégère apparaît soudain au milieu du brouillard. Il est 7 h 51 et j’ai 2 h 51 d’avance sur la barrière. J’en profite pour avaler un café afin de me réchauffer et aussi pour me donner un coup de fouet avant d’entamer la descente finale sur Chamonix. Mais à l’entame de celle-ci, j’aperçois une pente assez raide qui me fait craindre le pire pour mes genoux. Il me reste huit kilomètres, la douleur dans les articulations est supportable et la prudence me dicte d’y aller doucement pour que la douleur reste dans cette zone de tolérance le plus longtemps possible. Heureusement, la descente devient plus douce et mes genoux cessent de me harceler.

Le téléphone sonne ! C’est mon fils Adrian qui demande de mes nouvelles, j’en suis très heureux car ça veut dire qu’avec Christelle, ils sont réveillés même s’ils n’ont pas beaucoup dormi. Je lui indique avec enthousiasme que tout va bien pour moi, que je progresse plus vite que prévu et que mon arrivée à Chamonix devrait avoir lieu dans environ une heure. Dans l’appartement, c’est immédiatement le branle-bas de combat. Car s’ils ne veulent pas rater ce moment, il leur faut vingt à trente minutes de trajet, trouver un endroit où garer la voiture et rejoindre à pied le lieu de l’arrivée dans le centre de Chamonix. Ils n’ont donc plus une minute à perdre.

Je m’interroge… Dois-je ralentir pour leur laisser le temps d’arriver ou bien dois-je continuer sur ma lancée pour tenter de mettre moins de 24 heures comme il me semble possible de pouvoir le faire ? Je n’ai pas le temps de faire un choix que le téléphone sonne à nouveau. Toujours sans interrompre ma course, je réponds avec la fonction mains libres… C’est Nathalie, une amie… Je suis d’autant plus surpris que je ne m’y attendais pas du tout et que l’attitude exaltée et survoltée de mon amie me laisse peu d’espace pour l’informer sur mon avancement et la rassurer sur ma condition physique qui l’inquiétait depuis la publication sur Facebook de la vidéo enregistrée à Champex après ma chute de tension. Avec un tel flot de paroles, débordant de joie et d’enthousiasme et m’expliquant que tout le monde suit mon parcours, je ne pouvais que retrouver le sourire pour la première fois depuis Trient au début de la nuit. Bernard, Adrian puis Nathalie, j’ai complètement oublié la fatigue et la douleur. Je prends conscience pour la première fois du regard bienveillant de mon entourage, je suis plein du bonheur qu’ils m’ont transmis. Amis, famille, relations de travail, ils sont comme une main qui me pousse dans le dos. Maintenant que la descente est devenue franchement roulante, mes pas accélèrent, je me sens léger. Je cours vers la ligne d’arrivée matérialisée par l’arche de l’UTMB. Mais au fond de moi, je comprends qu’une autre ligne d’arrivée vient d’être franchie. Celle-là même que je pensais ne jamais pouvoir atteindre : « compter pour les autres ».

Chamonix approche, le sentier est moins sauvage, plus large, il devient un chemin, on commence à y croiser des promeneurs. Peu à peu le paysage devient plus urbain, il n’y a plus de dénivelé hormis quelques passerelles piétonnes en métal pour sécuriser le franchissement des routes et quelques ponts à traverser pour franchir l’Arve. Dans les rues de Chamonix, des passants, des familles qui attendent leur coureur s’arrêtent à mon passage, crient des encouragements, applaudissent, frappent du plat de la main la surface des tables des terrasses de cafés. Les premières barrières qui matérialisent le parcours jusqu’à l’arrivée apparaissent. Dans mes rêves, je me suis souvent vu remonter ces quelques centaines de mètres avant l’arche située sur la place du triangle de l’amitié. J’imaginais finir sous un soleil radieux avec une foule de gens agglutinés derrière ces barrières. La réalité est un peu différente, le soleil est masqué par les nuages et il est à peine un peu plus de 9 heures, trop tôt pour que les rues soient bondées de touristes. Mais ce n’est finalement pas le plus important. Le plus important, c’est Adrian là devant moi. Il me reconnaît instantanément et en même temps que je lis sur son visage la surprise de me voir arriver, je reconnais aussi l’expression de son bonheur. Je suis tout aussi heureux de le voir et de savoir qu’il partage avec moi ce moment si spécial. Il court un peu à mes côtés, son smartphone à la main pour immortaliser ce moment. Un dernier virage, l’arche est là devant moi. J’aperçois Christelle qui se trouve juste derrière. Je franchis l’arrivée à 9 h 13 au bout de 23 h 42 min 36 s de course sans dormir, après avoir foulé de mes pieds 100,85 km, gravis 6 082 m.

Le bilan de Vincent

Il ne faut pas avoir peur ou être gêné de demander de l'aide pour réussir. Pour la préparation en amont, j'ai pris 3 mois de coaching avec Stéphane Brogniart pour la prépa physique et une prépa mentale avec une hypnothérapeute

Photos de sa course

@vincentlacante